

France, département du Var(83), à 15 km au sud de Barjols, au centre du triangle formé par Barjols, Brignolles et St-Maximin-la-Ste-Baume
La date de l'établissement des templiers à Bras ne peut être fixée de façon certaine.
Les premiers actes connus concernant cette maison n'apparaissent pas avant 1220. L'ordre est déjà en possession de nombreuses terres, dont la gestion a nécessité la création d'une commanderie. Il est probable que la milice s'était installée dans la localité dès le XIIème Siècle à la suite de dons consentis par la famille seigneuriale, dont l’un des membres, Foulques de Bras, frère de l'Ordre fut maître de la maison de Bayles en 1170, puis commandeur de Richenchères (lieu de la première fondation des templiers en Provence).
Par donations ou achats, 1e domaine du temple ne cessa de s'accroître. Le précepteur de Bras administrait les biens de l'Ordre à Brue-Auriac, au Val, à Chateauvert, à Brignoles (maisons annexes de Bras), à Saint-Maximin et à
La Roquebrussane. En 1235, la commanderie acquiert de Pierre de Pontèves, coseigneur de Bras, et pour la somme de 15.000 sols raimondins, toutes les possessions de cette famille dans le terroir: domaine, vassaux, censes, Juridictions, bans, terres, fours, moulins, eaux, droits de pêche et de chasse, etc. Les commandeurs portent dès lors le titre de coseigneur, dont
hériteront les Hospitaliers, et qu'ils conserveront jusqu'à la fin de l'ancien régime.
Après avoir alternativement dépendu des commanderies de Ruou et de Saint-Maurice, la maison du temple de Bras devint un membre assez
indépendant de la préceptorale d'Aix, et garda un commandeur particulier.
L'ordre de Malte supprima la commanderie au XVI ème Siècle et la rattacha d'abord à Aix, puis à Marseille. Au XVIIème Siècle et au XVIIIème siècle, le titre de coseigneur fut dévolu aux baillis de Montfort. Les revenus importants de son domaine et les terres nobles qu'elle possédait valurent à la commanderie d'avoir souvent à sa tête de grands noms du nobiliaire Provençal.
Sans nous livrer à une énumération fastidieuse des commandeurs soit du temple, soit de l'hôpital, citons:
en 1258, Raimond Bénédict,
En 1275 Albert de Blacas, de l'illustre famille célébrée par le poète Sordello de Mantoue,
en 1319 Geoffroy Rostaing,
de 1421 à 1427,Pierre d'Uzès, plus tard commandeur de Manosque,
en 1440, Fouquet de Ponteves,
en 1478, Raymond Puget, etc.
Le souvenir des templiers et des hospitaliers s'est perpétué dans le nom de plusieurs lieux-dits: le grand et le petit temple, le Cros de l'hôpital… Le quartier où s'élevaient bâtiments et chapelle est resté le quartier "de l'hôpital".
Des vestiges y étaient encore récemment reconnaissables, et peuvent se retrouver dans la disposition de plusieurs maisons.
La chapelle, dédiée à N.D. de Bethléem, était depuis longtemps dans un complet état d'abandon. Son inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques ne pouvant la protéger des dégradations constantes qu'elle subit. Seule la solidité de sa construction a empêché qu’elle soitréduite à l'état de ruine.
C'est un bon exemple de chapelle romane rurale de Provence, remarquable surtout par l'appareil soigné de ses murs. Elle est orientée et se termine par une petite abside en cul-de four faisant saillie sur la paroi Est, surmontée par un clocheton à deux baies. On notera les croix templières gravé dans les pierres de chaque coté de l'abside et au dessus de la porte.
La porte, aux beaux claveaux ornés de dents de scie, est percée dans la façade Nord, disposition peu fréquente, mais qui s'explique ici par la présence vis à vis d'elle des bâtiments de la commanderie.
L'intérieur se compose de deux travées délimitées par des arcs doubleaux. Il est éclairé par une petite ouverture ébrasée pratiquée dans le mur de l'abside, et un oculus dans la paroi Sud. Lors du solstice d’été, le 21 Juin, à 8 heures du soir, les rayons solaires qui passent par cette ouverture, éclairent l’hôtel de pierre. D'autres ouvertures faîtes au XVIIIème Siècle, ont été grossièrement obstruées.
La chapelle n'existait pas encore en 1220, les templiers disposaient alors
d'un oratoire incorporé dans les bâtiments principaux. Elle est mentionnée en 1225, sa construction s'inscrit donc entre ces deux dates . Son érection avait été retardée par l'opposition du prieur de la paroisse, dont l'ouverture d’un nouveau lieu de culte risquait d'amoindrir les revenus.
Après une intervention auprès de l'Archevêque d'Aix dont dépendait alors la paroisse, un arbitrage fut confié à l'évêque de Fréjus. Sa sentence, rendue en 1220, stipulait que les offrandes faites à l'oratoire et a la future chapelle seraient partagées entre le commandeur et le prieur, que l'oratoire et la chapelle ne comporteraient qu'un seul autel et ne disposeraient que de deux cloches, qui devraient sonner les offices après celles de la paroisse; qu’il n’y serait célébré aucune cérémonie publique telle que mariage, relevailles, procession des rameaux ou baisement de croix; et qu'enfin nul paroissien de Bras ne pourrait s'y faire ensevelir, sauf demande expresse formulée hors de toute contrainte, le tiers des legs consentis éventuellement au temple revenant en ce cas au prieur.
Nota/ Les archives de la commanderie, conservées à Marseille, aux archives départementales, constituent un fond très intéressant, où se reflète la vie économique du terroir au XIIIème siècle à nos Jours en passant par la révolution.
Complément d'informations apporté par Jean Luc ALIAS :
Selon l'historien Durbec : «le 2 août 1220, l'évêque de Fréjus arbitre un différend entre le prieur de Bras et le commandeur du Temple de cette localité qui veut faire construire un oratoire malgré l'opposition du dit prieur. L’évêque donna satisfaction au commandeur en formulant de nombreuses réserves.
Cet acte révèle l'existence de la maison de Bras, mais il reste muet sur ses origines, il permet seulement de supposer que la commanderie du Temple devait être fondée depuis un certain temps déjà puisque les frères de l’ordre cherchaient alors à agrandir les possessions.
Du reste les actes qui suivent ne laissent aucun doute sur l'importance des biens que la milice avait pu acquérir précédemment dans le pays.
En mars 1220, en effet, G. Fouques reconnaît avoir vendu au commandeur de Bras, et omni conventui ejusdem domus pour 8 livres et 10 sous raymondins, des terres sises à Pincanella, un pré du Rial Traversier ainsi qu'une vigne
au quartier de la Fraiseneda. Et tous ces biens contigus à des terres déjà tenues pour l’ordre. De plus, en 1232, un chevalier d'Auriac, Bertrand, et sa femme renoncent aux droits qu'ils revendiquaient sur un autre affar que les frères de Bras possédaient depuis un temps indéterminé, et qui avait dépendu autrefois : «dels Rodels de Auriaco» sis entre Bras et Brue-Auriac.
À ce domaine sur la formation duquel on manque de précision, les archives ayant disparu, la maison du Temple ajouta d'autres affars plus importants.
D'abord une notable partie de la seigneurie de Bras. Pierre de Pontevès, sa femme, Domina Alasacia, ainsi que Pierre, Andréa, Jordana, Huga, Laura et Guillaumet, enfants de Pierre vendent aux Templiers, pour 15 000 sous raymondins, par acte du 31 janviers 1235, les 2/5 du dominium et de la seigneurie universelle du castrum de Bras et de son tennement, ainsi qu'un défens dit «défens de Robert» et la moitié indivise, c'est à dire la seigneurie et dominium, un four et trois moulins.
Les templiers possédaient déjà une moitié des fours en question. Il fut en outre, autorisé à moudre gratuitement à deux autres moulins du castrum, le moulin du haut et celui du bas.
Comme tout l'usufruit de cet affar avait été donné par les Pontevès à un certain Geoffroi Verdeillon qui devait le conserver sa vie durant, celui-ci lit abandon de tous ses droits aux Templiers.
La maison du Temple de Bras se rendit maître ensuite, peu à peu, de la plupart des affars de Raimond Cardonna qui s'était fait Templier ; elle reprit en mars 1262, par voie de commise l'affar de Hugo Abo ; elle obtint en février 1266, l' affar de Agnès Chatella, qui fut admise chez les templiers comme «consœur», chose rare chez les templiers … mais introduite
par une connaissance Essenienne de la commanderie du Temple de Kirbet-Quamram en Palestine.
La commanderie de Bras avait acquis par ailleurs, à Saint-Maximin, en une époque et dans des conditions qui sont ignorées, un certain nombre de biens qui lui furent contestés en 1256 par un chevalier de la ville d'Aix. Une
partie de ces biens, situés dans la ville même de Saint-Maximin, ainsi qu'aux lieux-dits : ad Lonas, Guilafre, Fons de Guilagre, lo Porgo, Banavalle ; une partie fut échangée par les templiers en 1271, contre une part de la seigneurie de Bras et plusieurs terres qui appartenaient à une dame Lombarde, épouse de Geoffroy de Banyuls.
«Toutes les possessions acquises par les templiers à Bras, comprenaient une multitude de biens disséminés aux lieux-dits : ad Portale Mariane, la Lausa, la Peyrosa, le Camp de Brasca, Lo Cayro Causalano, Vignal, Valle Crosa, Puy Robert, Bragosa, Fons de Calsa, Regayeda, Fontaine du iol, Aire de Constance, Champ de Roquetto sis sur les rives de Î'Argens, la Colle Basse
vers Brignoles, Rocca Rotunda, Vallons des Barral, Vallon des Machael, Ratum Leate Marie, Sueys Vermeyl, Curtis Manescali, ad Rupen Tarradellerium, vallon de Curol, Champ de Pierre, Champ de Saint-Jean.
Commandeurs de Bras connus dans les actes :
Bernard 1220-1222-1232-1237
G. Pelliparius 1221
Guillaume de Mujols 1253-1255
Giraud 1256
Arnaud 1258
Izarn 1258-1262-1263-1266-1267-1271 (de la famille des Izarny-Gargas des Capitouls de Toulouse, établie aujourd’hui en Provence).
Pierre de Cassalis 1274
Albert de Blacas 1275-1298
Geoffroi de Lançon 1287
Rostang Comut 1294
Raimond Benoît 1308
Cette commanderie est située au quartier de l'hôpital à la sortie du village sur la route de Saint-Maximim.
De cette commanderie il subsiste une petite chapelle romane avec son clocher signalé dans le procès-verbal de 1308 de séquestration des biens des Templiers.
À signaler aussi qu'en 1220, il y eut un litige entre les Bénédictins et les templiers au sujet d'un oratoire.
À la suppression de l’ordre du Temple, ces biens passèrent aux Cisterciens de l'abbaye de Thoronet.
Bibliographie