Louis VII "le Jeune" (1121-1180)

Roi de France de 1137 à 1180

Deuxième fils de Louis VI et d'Adélaïde de Savoie, Louis VII est associé au trone en 1131, après la mort accidentelle de son frère ainé Philippe.
A son avènement le 1er aout 1137, Louis VII hérite de son père un royaume agrandi, pacifié et stable. En plus de l'héritage paternel, et grâce aux instigations de Suger, Louis VII épouse au début de l'an 1137, Aliénor d'Aquitaine, unique héritière de ce duché qui apporte en dot les territoires du Poitou, d'Auvergne, de Gascogne, du Limousin et du Périgord.

Quoique agé de seize ans, Louis, dont le premier acte fut d'écarter sa mère Adélaïde de Savoie, qui comptait exercer sur lui une orte de surveillance, entendait assumer le pouvoir. Et même si Suger, abbé de Saint denis, continua à jouer auprès de lui le rôle de conseiller qui avait été le sien pendant le règne précédent, le roi n'en prit pas moins seul d'importantes décisions, dont certaines toutefois lui furent inspirées par Aliénor. Les premières années de son règne furent marquées par ses démêlés avec l’Eglise et avec Thibaut IV, comte de Champagne. Celui-ci s’était tardivement réconcilié avec Louis VI, dont il avait été l’ennemi le plus constant, au point que le roi lui avait plus ou moins confié la tutelle de son fils. S’inscrivant dans la continuité de la politique royale, Suger provoqua la rencontre des deux hommes, à Auxerre (1138), afin d’obtenir l’appui du puissant vassal. Cette alliance ne fut en réalité que de pure forme. A deux reprises — au moment de l’insurrection du Poitou la même année, lors de l’expédition royale sur Toulouse en 1141 —, Thibaut refusa de prêter son aide au roi comme il le devait, ce qui provoqua la rupture, avant que la politique ecclésiastique du pouvoir n’entraîne la révolte armée du comte de Champagne. La profonde piété du roi, qui ne cessa de se développer au cours de sa vie, n’était pas telle qu’elle l’amenât à renoncer à ses prérogatives de souverain dans le domaine des nominations ecclésiastiques. En 1138, il tarda longuement à approuver la désignation de l’évêque de Langres soutenu par Saint Bernard. Trois ans plus tard, parce qu’il n’avait pas été prévenu de l’intronisation d’un prélat à Poitiers, il l’empêcha de rentrer dans la ville et cita l’archevêque en justice, non sans provoquer une vive émotion dans le clergé. La même année, Louis VII opposa son propre candidat à l’archevêché de Bourges contre celui d’Innocent II, Pierre de La Châtre. Ce dernier n’en fut pas moins élu et, devant l’opposition du roi, le pape jeta l’interdit sur ses terres. Ce conflit religieux s’aggrava de considérations politiques dans l’affaire de Raoul de Vermandois. Le sénéchal avait répudié sa femme, nièce de Thibaut de Champagne, pour épouser Pétronille d’Aquitaine, soeur d’Aliénor. Alors que des évêques français acceptaient de dissoudre le premier mariage, le légat pontifical s’y opposait catégoriquement (concile de Lagny) et lançait l’interdit sur le Vermandois. Comme Thibaut soutenait la politique du Saint-Siège, la guerre avec le roi devint inévitable. La Champagne fut envahie (1142-1143), Reims et Châlons occupées; la prise de Vitry entraîna la mort de treize cents personnes brûlées vives dans l’église. Thibaut ne dut son salut qu’à l’intervention pressante de Saint Bernard et d’Innocent II. Le traité de Vitry (1143) instaurait une sorte de statu quo entre la France et la Champagne, qui fut très vite rompu, le pape n’ayant pas l’intention de lever l’excommunication pesant sur le Vermandois et Thibaût organisant une ligue féodale contre Louis VII avec les comtes de Flandre et de Soissons. La mort d’innocent, le 24 septembre 1143, ramena la paix. Célestin II leva l’interdit pesant sur le roi, lequel évacua la Champagne et reconnut Pierre de La Châtre, tandis que Thibaut renonçait à ses intrigues (1144). En revanche, l’excommunication de Raoul de Vermandois fut maintenue et levée quatre ans plus tard. Entre-temps, Geoffroi le Bel, comte d’Anjou, s’était emparé de la Normandie (prise de Rouen le 23 avril 1144). Louis réagit aussitôt en occupant Gisors et une partie du Vexin, territoire que ses prédécesseurs avaient vainement réclamé à Guillaume le Conquérant. Ainsi, à la veille de la deuxième croisade, même si le roi avait dû se soumettre à l’Église, son prestige politique restait intact. Le jour de Noèl 1145, Louis VII annonça à ses barons son intention de se croiser. Les contemporains, comme les historiens, ont longuement épilogué sur les motifs d’une telle décision. Si la religiosité du souverain y fut pour beaucoup, entrait aussi en ligne de compte son désir de conquêtes et de prestige. A ses yeux, le moment était d’autant mieux choisi que son pouvoir n’était alors menacé par personne. Cette décision ne souleva l’enthousiasme ni de la noblesse ni de Suger ni du pape lui-même, et Louis dut convoquer une seconde assemblée des grands à Vézelay (Pâques 1146). L’armée française commandée par le roi quitta Metz en juin 1147 et fit sa jonction avec celle de l’empereur Conrad III à Ratisbonne. L’expédition tourna vite à la catastrophe. Les Allemands, qui commirent l’erreur de se séparer des Français, furent vaincus par les Turcs près de Dorylée en octobre de la même année, et Conrad décida de rebrousser chemin sur Constantinople. Quant aux Français, la traversée de l’Asie Mineure en longeant la côte fut difficile, et le roi faillit être fait prisonnier. Obsédé par son désir de parvenir à Jérusalem, Louis VII abandonna une partie de son armée, atteignit Antioche, puis Jérusalem. Là, avec Conrad, il décida d’attaquer Damas. L’échec que tous les deux subirent devant cette ville (juillet 1148) sonna le glas de la croisade. Après un bref séjour à Jérusalem, le roi dut rentrer en France sans avoir obtenu aucun résultat (printemps 1149). Grâce à l’énergie et à l’habileté de Suger qui avait assuré la régence en son absence, le roi retrouva son royaume intact, malgré la tentative vite avortée de son frère Robert, comte de Dreux, de lui succéder à la tête du pays. Cependant, le prestige de Louis était durablement atteint, et la mort de l’évêque de Saint-Denis, le 13 janvier 1151, marqua un tournant dans l’histoire du règne et le début de graves difficultés. Le roi commença par se séparer d’Aliénor avec laquelle il avait commencé à ne plus s’entendre pendant la croisade. Le mariage fut dissous au mois de mars 1152, sous le prétexte fallacieux d’une consanguinité entre les époux. Cet acte constitua une très grave faute politique. En effet, non seulement la France perdait le duché d’Aquitaine mais de plus, dès le moi de mai, Aliénor épousait Henri Plantageqêt, comte d’Anjou, duc de Normandie et bientôt roi d’Angleterre (1154). La guerre éclata aussitôt, mais Louis VII la mena avec une telle mollesse que son ennemi rétablit avec brio une situation compromise : il mate les barons angevins révoltés contre lui et élimine Etienne de Blois qui cherchait à lui ravir la couronne anglaise. Par la paix d’août 1154, Louis VII restitua Vernon en échange d’une indemnité et accepta de renoncer au titre de duc d’Aquitaine. Depuis l’échec de la croisade, on constate chez le roi de France de profonds changements. Le personnage ambitieux, autoritaire, entreprenant, belliqueux du début du règne a laissé place à un homme tout différent. On n’a pas conservé de lui un portrait précis. On le sait bon, attentif aux pauvres, vivant sans faste, populaire. Avec l’âge, sa dévotion se développe et devient envahissante. Il abonde en jeûnes, en exercices de piété, en bonnes oeuvres. Il entreprend par exemple un pèlerinage à Saint­Jacques-de-Compostelle au moment même du couronnement de Henri II. Envers le pape, il témoigne toujours d’une parfaite soumission et révérence, ce qui lui vaut d’ailleurs la rose d’or, comme étant le souverain européen le plus attaché à l’Eglise. Ces qualités ont leur revers sur le plan politique, et le monarque de la maturité n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été il va se montrer de plus en plus craintif, timoré, piètre tacticien, au sens politique défaillant. Les modifications du comportement de Louis VII interviennent à un moment où émerge la puissante figure de Henri II, qui représente un grave danger dans la mesure où, à partir des vastes territoires qu’il possède en France, il va multiplier les atteintes au pouvoir royal. Dans l’ouest, il s’empare d’Amboise et de Freteval, villes de Thibaut V, comte de Blois et de Tours (1158). L’année suivante, il s’allie avec le comte de Barcelone, puis avec la plupart des barons de la région de Toulouse, son objectif étant de faire prévaloir ses droits, hypothétiques au demeuran, sur la ville, en tant que duc d’Aquitaine. Plutôt que de le combattre, Louis VII préfère passer avec son ennemi un traité qui prévoit le mariage du prince Henri (trois ans) avec Marguerite de France (six mois), qui recevra en dot Gisors, Neauphie et une partie du Vexin, territoires confiés aux Templiers en attendant la majorité des deux enfants. C’est un accord particulièrement désavantageux pour la France (31 août 1158). Le roi ne réagit pas davantage lorsque Henri II, en tant que comte d’Anjou, se fait nommer sénéchal, par quoi son influence en Bretagne devient prépondérante. En Languedoc, s’il empêche la prise de Toulouse en s’étant enfermé dans la ville, c’est plus, semble-t-il, aux hésitations de son rival qu’à la vivacité de son intervention qu’il doit ce relatif succès (1159). Le manque de fermeté de Louis, en regard de l’intrépidité de Henri II, expli9ue les trahisons qui se produisent alors: Thibaut V et Simon de Montfort, comte d’Evreux, passent à l’ennemi; d’où l’occupation par les Anglais des châteaux de Montfort-l’Amaury, Rochefort et Épernon. Après la mort de Constance de Castille le 4 octobre 1160, qu’il avait épousée après son divorce en 1154, Louis VII se maria à Adèle de Champagne. Le geste était politiquement habile, car c’était s’allier les quatre princes champenois fils de Thibaut. Henri II répliqua en faisant célébrer le mariage de Marguerite (elle vivait en Angleterre depuis le traité de 1158), alors que les époux étaient encore très loin de leur majorité. Impuissant, le roi ne put que s’y résoudre et signa un traité de paix par lequel il acceptait la perte de Gisors. Dans la querelle qui opposa Alexandre III et Victor IV, élus en même temps au trône pontifical après le décès d’Adrien IV (1159), Louis VII prit le parti du premier et l’accueîllit en France, à Sens. Il fit de même avec Thomas Becket en 1164, après que celui-ci eut rompu avec Henri II, dont il avait été le conseiller le plus intime avant sa nomination à l’archevêché de Canterbury. Ce geste provoqua la reprise de la guerre, larvée et intermittente, en Normandie, à partir de 1167. En même temps, le roi proposa sa médiation au cours des délicates négociations menées entre Thomas Becket, Henri II et Alexandre III, le roi d’Angleterre menaçant de prendre parti pour l’antipape (donc pour l’empereur Frédéric Barberousse qui soutenait celui-ci) si on ne lui donnait pas raison sur son archevêque. C’est ainsi que, grâce à Louis, les deux hommes se rencontrèrent à Montmirail (6 janvier 1169), à Montmartre (18 novembre 1169), pour se réconcilier à La Ferté­Bernard (juillet 1170). Le prestige du roi sortit grandi de cette affaire, d’autant plus que l’assassinat de Becket, sur les ordres de Henri II, causa un scandale à travers la chrétienté et éclaboussa le souverain anglais. En 1173, Raymond V, comte de Toulouse, beau-frère de Louis depuis son mariage avec Constance, devint le vassal du jeune Richard (Richard Coeur de Lion), l’un des fils de Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine. L’événement s’inscrivait dans une offensive tous azimuts du roi d’Angleterre. En effet, au même moment, Hubert III de Savoie décidait de marier sa fille avec Jean, autre fils de Henri, et d’apporter la Maurienne en dot. Par là, et par l’Italie sur laquelle Henri II avait aussi des visées, l’Allemagne était menacée. Louis VII décida de réagir d’abord en se rapprochant de l’empereur, mais l’entrevue de Vaucouleurs ne donna pas de résultats à cause de la question pontificale toujours en suspens, ensuite en dressant les fils de son ennemi contre leur père dont l’autoritarisme excessif était mal ressenti. C’est ainsi que par suite de désaccords politiques, Henri le Jeune (fils de Henri II) se réfugia auprès du roi de France et fut rejoint un peu plus tard par ses deux frères Richard et Geoffroi, à l’instigation d’Aliénor elle-même. A partir de 1173, se greffa autour de l’aîné des princes une vaste coalition de barons angevins et français, bien évidemment soutenue par Louis. De proche en proche, l’insurrection contre Henri II atteignit toutes ses possessions françaises et déborda jusqu’en Angleterre et même en Écosse. Trop hétéroclite, mal commandée, cette révolte fut vite matée par Henri qui battit ses ennemis l’un après l’autre. A cette occasion, Louis se révéla un tacticien déplorable : il échoua devant Verneuil en 1173 et s’enfuit à l’approche de son rival; l’année suivante le scénario se répéta devant Rouen. La paix fut finalement conclue à Montlouis, le 30 septembre 1174, à l’avantage exclusif du vainqueur, dont la puissance en France commençait à rivaliser avec celle du roi lorsqu’elle ne la dépassait pas. En effet, par l’intermédiaire de ses fils et de ses vassaux, Henri II contrôlait alors la Normandie, la Bretagne, l’Anjou, le Berry, l’Aquitaine (Poitou, Limousin, Gascogne) et le Languedoc. Le traité d’Ivry imposé par le pape interrompit l’expansion anglaise en France : Henri II et Louis VII se réconcilièrent solennellement et se jurèrent la paix (21 septembre 1177). Peu avant sa mort, le 1er novembre 1179, Louis VII fit couronner Philippe Auguste, le seul fils qu’il avait eu de ses trois mariages. Aliénor lui avait donné deux filles, Marie et Alix, respectivement comtesses de Champagne et de Blois; Constance de Castille fut la mère de Marguerite, épouse de Henri le Jeune d’Angleterre, puis de Bela III roi de Hongrie. Quant à Adèle de Champagne, outre Philippe Auguste, elle mit au monde Alix, fiancée à Richard Coeur de Lion, mariée à Guillaume II, comte de Ponthieu, et Agnès qui épousa successivement Alexis le Jeune et Andronic Comnène, empereurs d’Orient, puis Théodore Branas. Au terme d’une longue série de revers militaires et diplomatiques. Louis VII laissait une France plus petite que celle qu’il avait reçue, face à un ennemi, Henri II, dont la force et le prestige étaient à leur apogée. Cependant, l’autorité morale et religieuse incontestable du souverain a sauvé la monarchie du discrédit dans lequel elle aurait pu tomber. La fonction royale a conservé intact son rayonnement. Politiquement, elle n’est contestée par personne dans le pays, et la France apparaît à la fin du XIIe siècle comme riche et de plus en plus unie. Il appartiendra à la très forte personnalité de Philippe Auguste de renverser la situation dans la lutte inexpiable opposant les Plantagenêts aux Capétiens.


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  1. "Dictionnaire des rois et reines de France"
    Didier Feuer et Jean d'Hendecourt; Le Grand Livre du Mois 1989
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