

Pologne, Województwo Pomorskie, à environ 60 km au sud est de Gdańsk, à 30 km au sud-ouest d'Elbląg.
L'acte de la création de la ville de Malbork est daté de 1274. Les Teutoniques ont choisi soigneusement le terrain au bord du fleuve Nogat sur une position stratégique pour la conquête de la rive ouest et slave de la Vistule. La construction du château a débuté en 1275, et en 1281, elle est déjà tellement avancée que le commandeur de Zantyr déménage à Malbork. L'ensemble du château est créé par étapes successives de 1275 jusqu'à la moitié du XVème siècle. Au début, il se compose du château conventuel, appelé château-haut et de l'avant-château avec les communs. Plus tard, ce dernier est transformé en château-moyen avec une partie résidentielle et les communs sont déplacés plus au nord en formant une troisième partie, le château-bas.
Les parties principales du château sont prêtes vers 1350. Entouré par de vastes fortifications, le château occupe un terrain rectangulaire de 20 hectares: il s'étend sur 800 mètres du nord au sud et sur presque 250 mètres d'est en ouest. Le fleuve à l'ouest et les marais du Wielkie et Małe Zuławy au nord et à l'est forment une protection naturelle du château. La ville de Malbork se développe au sud de la forteresse.
Le château est créé en deux étapes: la première entre 1275 et 1300 quand il était le château principal du commandeur Henri von Wilnowe après son déménagement de Zantyr. Et entre 1309 et 1350, il devient la maison principale de l'Ordre Teutonique et la capitale de son état. La composition du château correspond avec le caractère monastique et militaire de ses habitants.
Dans les années 1275-1279, les travaux de préparation du terrain sont exécutés. Des milliers de Prusses qui viennent d'être vaincus après la deuxième révolte de leurs tribus, travaillent en esclavage. Le niveau de l'eau dans le Nogat est trop bas et les Teutoniques doivent construire un canal d'une vingtaine de kilomètres pour alimenter les douves et le conçoivent de façon telle qu'il sera facile de l'adapter pour les agrandissements futurs du château. Ce canal conduira l'eau du lac Dabrówka, près de Sztum, jusqu'au fossé entourant le petit village de Malbork et ensuite aux douves du château du côté sud-est et se jettera dans le Nogat derrière l'avant-château après avoir récupéré toutes ses ordures.
Ce château est construit selon la tradition teutonique: d'abord les murs d'un bâtiment presque carré (51,6m x 50,7m), ensuite des douves autour et des remparts à l'extérieur. La construction débute en 1278. Tous les socles des murs sont faits de moraines trouvées dans les champs, les murs sont construits en briques rouges et certains détails de décoration en grès. On a dû utiliser ces matériaux car la région de Zuławy n'offre aucune possibilité d'extraire de la pierre, le terrain étant constitué de polders dépressionnaires d'un côté de Malbork et de plaines de l'autre côté.
Il est certain que cette première partie du château a été construite sur base de plans qui prévoient de futurs agrandissements. Les parties nord et ouest se dressent d'abord, et ensuite les deux autres parties qui forment ensemble la maison conventuelle typique, ascétique en ce qui concerne les décorations.
L'entrée du château est située dans l'angle nord-ouest et se fait par une porte et deux ponts (l'un d'eux est un pont-levis) au-dessus des douves. Elle mène à la cour par une porte très bien conservée jusqu'à nos jours.
Dans l'aile nord se trouvent les deux salles les plus importantes pour la vie de l'Ordre : la salle du chapitre et une chapelle. On y entre par des galeries dont les colonnes sont faites de granit rouge et les arcades de briques. Au niveau du premier étage, le balcon est en bois. Toutes les salles de l'aile nord sont accessibles depuis la galerie et les balcons. Dans la chapelle, les moines-chevaliers se réunissent pour les prières 8 fois par jour. Ils entrent par la Porte D'Or, construite à la fin du XIIIème siècle et également très bien conservée. Sa décoration représente le Jugement Dernier. A la base des archivoltes du côté gauche, on voit les Vierges Sages avec les lampes allumées qui symbolisent la vie dans l'attente du Christ terminée par le salut, tandis que du côté droit, les Vierges Folles avec leurs lampes vides incarnent les paresseux condamnés à la damnation éternelle. Au dessus des Vierges, on trouve plusieurs sculptures d'animaux et de créatures mythiques représentant le mal. Derrière la chapelle, il y a encore une petite salle qui servait probablement au début d'infirmerie. Dans l'aile ouest, se trouve la salle du chapitre dont la voûte sur croisées d'ogives s'appuie sur des colonnes.
Dans le château primitif, il y avait aussi les dortoirs (dans la grande salle en-dessous de la chapelle et au-dessus de la salle du chapitre) et une guérite de chaque côté de la porte d'entrée (au dessous de la salle du chapitre). La cellule à côté servait pour les prisonniers de haut rang. En 1361, le grand prince Kiejstut y a été enfermé. Les caves contiennent tous les communs.
Dans la partie ouest, se trouvaient la cuisine et le réfectoire au rez-de-chaussée et les appartements du commandeur, du trésorier et du cuisinier à l'étage. De l'angle sud-ouest, un corridor surélevé mène à une tour appelée GDANISKO, la tour sanitaire.
Des côtés sud et est, il n'y avait que des murs avec des meurtrières et des galeries en bois.
A la fin du XIIIème siècle, du côté nord, on a construit à l'extérieur des douves l'avant-château avec tous les communs importants pour le fonctionnement du château. Il est entouré de murs et renforcé par 4 tours. L'entrée est située du côté nord et les écuries, les granges, les forges, etc. sont collés aux murs. Ces bâtiments sont construits en bois seul ou en bois et en briques rouges ("mur prussien"). A côté du château, on construit une armurerie, qui sera transformée par la suite en "Palais des Grands-Maîtres".
En 1300, les travaux s'arrêtent pour des raisons inconnues, mais peut-être qu'on attend les résultats de la conquête de la Poméranie "Gdanskienne" et la décision du transfert de la maison principale de l'Ordre de Venise en Prusse. En 1300, tous les bâtiments nécessaires pour le fonctionnement de la communauté des moines-chevaliers sont déjà prêts: la chapelle, la salle du chapitre, le dortoir, l'infirmerie et le réfectoire.
On ne connaît pas les noms des constructeurs de ce premier château, mais c'est sans doute le commandeur régional qui a décidé du plan général. Le premier qui commence l'édification de la maison conventuelle à Malbork est Konrad von Tyrberch. L'œuvre est continuée par Konrad von Feuchtwangen (1291-1296) et terminée par Heinrich von Wilnowe (1296-1298).
Deuxième étape - le changement après 1309
La conquête de la Poméranie "Gdanskienne" et la situation de plus en plus difficile des ordres chevaleresques en Europe sont les deux raisons principales du transfert de la maison principale de l'Ordre Teutonique de Venise à Malbork en 1309. Il faut donc effectuer des changements qui permettront d'adapter le château d'un commandeur régional en siège central du pouvoir de l'Etat Teutonique et en résidence du grand-maître et de sa cour. Il faut préparer les appartements pour le grand-maître et les membres du chapitre général, agrandir la chapelle et la salle capitulaire, construire des logis et une chapelle pour les chevaliers visiteurs.
Les travaux durent quelques dizaines d'années et ne se limitent pas à la modification du château déjà existant. On décide de construire plusieurs nouveaux bâtiments sur le terrain de l'avant-château et de déménager les communs encore plus loin vers le nord. De cette manière, le château-moyen se dresse à la place de l'avant-château, à côté du château-haut. Ces deux parties, jusqu'à cet instant séparées par des douves, sont maintenant reliées et entourées par des murs et de nouvelles douves.
Le grand-maître de l'Ordre Teutonique, Luther von Braunschweig (Brunswick, 1331-1335), grand réformateur de l'Ordre qui avait un goût artistique très raffiné, donne une nouvelle impulsion aux travaux déjà commencés. Son successeur, Dietrich von Altenburg (1335-1341), montre aussi beaucoup d'énergie et continue la reconstruction avec ardeur.
Le château de Malbork est appelé pour la première fois siège principal de l'Ordre "domus principalis Castri sancte Marie" le 1309 dans la charte privilège éditée pour le Vieux Toruń par Heinrich von Plotzke. En 1312, on effectue le déménagement du chapitre général ainsi que du grand-maître de Venise à Malbork. Tout le monde s'installe dans le château-haut où on prépare un dortoir et un réfectoire provisoires pour les frères et les serviteurs.
Pendant les années 1315-1325, on reconstruit la salle du chapitre, deuxième pièce en importance après la chapelle dans le château. Le nouveau rôle de Malbork demande que cette salle soit beaucoup plus représentative. On la surélève et agrandit en la réunissant à la salle de l'infirmerie qui se trouve à côté, à l'est. Trois colonnes très élancées et l'élégance de la décoration modeste donnent à cette salle un air distingué. Sur les murs, on voit les représentations de 22 grands-maîtres, chacun en-dessous d'un baldaquin, comme sont souvent montrés les portraits des rois laïcs. Les grandes fenêtres reçoivent des vitraux et on place des stalles en bois près des murs. Le chapitre général s'y réunira le 14 septembre de chaque année pour décider des affaires les plus importantes de l'Etat et de l'Ordre. C'est probablement en 1324, dans la nouvelle salle du chapitre, qu'est élu le grand-maître, Werner von Orselen.
En même temps qu'on effectue la reconstruction et la décoration de la salle capitulaire, dans l'aile ouest on construit les logis pour les grands dignitaires de l'Ordre : le Grand Commandeur, le Trésorier (avec la salle du trésor à côté) et le Chef de la Cuisine.
De l'angle sud-ouest, on construit aussi une galerie-corridor de 64 mètres de longueur qui mène à la tour de Gdanisko, tour sanitaire et défensive. En dessous des arcades de cette galerie, les eaux des douves coulent et évacuent les ordures.
Pendant cette période, on agrandit et surélève les murs et on construit la Tour de la Cloche dans l'angle sud-est de la chapelle. Elle a 66 mètres de hauteur par rapport au niveau de la cour et devient le symbole de la grandeur du pouvoir des occupants du château. Au sommet, un mur dentelé protège un balcon d'observation.
Le réfectoire est un endroit très particulier dans la vie de la communauté Teutonique. On y mange mais on y écoute également les paroles de la Bible, on s'y rassemble et pendant toute la journée, cette salle est pleine de vie, car selon la coutume, on y passe aussi le temps libre. Le réfectoire se trouve au deuxième étage de l'aile sud et son architecture n'est pas du tout aussi ascétique que celle du dortoir. La voûte croisée avec sept colonnes très hautes et fines donnent à cette salle très longue beaucoup d'harmonie et d'élégance.
Les plus grands travaux se déroulent dans la chapelle. Celle-ci est transformée en église qui correspondra mieux au statut de capitale de l'état et de siège du puissant Ordre. Elle est surélevée, agrandie presque deux fois et elle reçoit un chœur octogonal qui sort de 20 mètres en dehors du contour des murs. En dessous, on aménage la chapelle de Sainte-Anne, qui devient après l'enterrement de Dietrich von Altenburg, la chapelle funéraire des grands-maîtres. Jusqu'à nos jours, trois pierres tombales sont conservées: celle de Dietrich von Altenburg, qui a exécuté les grands agrandissements du château, celle de Heinrich von Dusemer, qui a initié la construction du "Palais des Grands-Maîtres" et celle de Heinrich von Plauen qui a défendu le château après la défaite de Grunwald (Tannenberg) en 1410.
Jusqu'en 1945, une grande statue de la Vierge Marie avec l'Enfant Jésus, réalisée en 1340, se trouvait dans une niche dorée à l'extérieur de l'église. Elle avait 8 mètres de haut et en 1380, des maîtres vénitiens l'ont couverte de mosaïques brillantes. C'était un chef d'œuvre exceptionnel au Moyen-Age et qui montre quelle vénération les Teutoniques portaient à la patronne de la ville. La décoration de l'église est aussi somptueuse et digne des grands investisseurs. Les moines-chevaliers exposent dans leur belle église une relique formidable qui attire l'attention des pèlerins et des chevaliers étrangers. C'est un Eclat du Bois de la Vraie Croix offert au maître Winrich von Kniprode par le roi français Charles V. Dans l'église, plusieurs prêtres célèbrent des messes et on construit pour eux la "Tour du Calotin" où ils résident.
La deuxième étape de la reconstruction et de l'agrandissement du château se termine par le changement dans la cour intérieure du château-haut. On construit le cloître et les galeries au niveau du deuxième étage. Au XIIIème siècle toujours, on creuse un puits au milieu de la cour pour l'usage quotidien et qu'on surmonte d'un toit pour le protéger en cas de siège. La décoration contemporaine au sommet du toit, symbole de l'Eucharistie, le pélican qui se déchire la poitrine pour nourrir ses petits avec son propre sang, est issu du XIXème siècle.
Vers 1350, le château-haut reçoit sa silhouette définitive. Le caractère défensif purement militaire du château-donjon initial se transforme en caractère plus représentatif du château qui est devenu aussi le siège d'une cour somptueuse. Il répond ainsi également aux changements intervenus au sein de l'Ordre où la vie devient de plus en plus laïque. Dès le début du XIVème siècle, on ne mène plus aucuns travaux de construction dans le château-haut, mais on complète uniquement sa décoration.
Le développement de la vie laïque, de la cour et des fonctions de l'Etat demandent de grands espaces et de beaux encadrements qui correspondent avec la puissance de l'Ordre et de l'Etat Teutonique. D'un autre côté, des réformateurs dans l'Ordre prêchent pour le retour à la vie monastique et à l'atmosphère contemplative. La réconciliation de ces deux tendances opposées n'est uniquement possible que par la séparation des fonctions monastiques et représentatives. La construction de la partie suivante du château est la solution idéale. L'avant-château, de l'autre côté des douves est un endroit spacieux et convenable pour cet investissement. Les communs de l'avant-château initial sont détruits et reconstruits beaucoup plus au nord et jusqu'à la fin du XIVème siècle on y construit la partie du château qui sera appelée par la suite le château-moyen. Les résidences du grand-maître et du grand commandeur, la grande infirmerie, les salles de réception et les logis pour les dignitaires de l'Ordre vont se retrouver dans cette partie du château. Les douves qui se trouvaient autour du château-haut ont été asséchées et forment l'espace où ont été aménagés le cimetière des frères du couvent de Malbork (côté est), le terrain de promenade (côté ouest), le jardin du grand-maître (côté sud) et les dépôts (côté nord). Le château-haut et le château-moyen sont entourés par un mur et de nouvelles douves.
Le château-moyen a une forme de trapèze avec une cour spacieuse au centre. On commence la construction de la partie nord avec une porte d'entrée unique qui la partage en deux. La partie à l'est est destinée au grand commandeur (Grande Commanderie) et sa cour. Au premier étage on retrouve leurs appartements et les salles officielles représentatives du pouvoir et de la puissance de l'Ordre. A côté, on aménage le réfectoire, la salle du trésor et la chancellerie. Au rez-de-chaussée, on trouve la boulangerie et la cuisine et dans les caves, les autres communs indispensables. La partie ouest contient l'infirmerie où les frères malades et vieux trouvent asile. On y retrouve également les bains, la chapelle, la cuisine et le réfectoire prévus pour les malades.
L'aile est est érigée en même temps que la partie nord (1320-1330). Elle contient les chambres pour les visiteurs et peut accueillir en même temps quelques centaines de chevaliers. A la fin de XIVème siècle, on construit à côté de ces chambres la chapelle de Saint-Barthélemy, destinée aux visiteurs.
Les deux bâtiments les plus importants du château-moyen sont le grand réfectoire et le "Palais des Grands-Maîtres".
Pour accéder au grand réfectoire, on doit passer par la petite cour séparée de la cour principale par un mur et les bâtiments des bains, de la chancellerie et du puits. Son aspect extérieur ascétique, avec des fenêtres qui font plutôt penser à une église est en contraste avec la décoration intérieure. C'est la plus grande salle laïque dans l'Etat Teutonique, érigée entre 1330 et 1340. Dans ce réfectoire, 400 chevaliers peuvent se mettre près de la table, il y a donc de la place pour tous ceux qui viennent de l'Europe Occidentale participer aux Croisades contre la Lituanie. L'Ordre Teutonique a énormément besoin d'eux pour la conquérir et il les encourage en leur montrant sa richesse et sa puissance et les enchante par de fastueux banquets. La voûte de palmier appuyée sur trois colonnes élancées et la lumière qui entre par les grandes fenêtres donne un effet de légèreté et produisent l'impression que les murs n'existent pas et que la voûte se soulève librement au dessus de la salle. Les peintures sur les murs, aujourd'hui presque disparues, et les sculptures des chapiteaux des colonnes, des clés de voûtes et des consoles en composent la décoration discrète mais très belle.
On apporte les repas de la cuisine située derrière le mur nord du réfectoire. A côté d'elle, se trouve un garde-manger et les appartements du maître cuisinier. En hiver, le réfectoire est chauffé par un système particulier qui pouvait maintenir une température de 20 degrés dans cette salle de 4000 m3 quand dehors il y avait -15 degrés. On chauffe toujours de la même façon 9 salles dans le château-moyen et 3 dans le château-haut. On peut encore voir aujourd'hui le four de ce système de chauffage, situé en dessous du grand réfectoire. C'est un système qui permettait à l'époque de chauffer au rouge un monticule de grandes pierres qui ensuite rendaient la chaleur. Cette chaleur était distribuée dans les différentes pièces par un système de canalisations insérées dans le sol des salles. Pour augmenter la température, il suffisait d'ouvrir des clapets métalliques placés dans le sol qui fermaient ces canalisations.
Le dernier grand investissement est la construction du "Palais des Grands-Maîtres", qui se déroule en plusieurs étapes. Il est érigé du côté sud-ouest, près du grand réfectoire. En 1345, c'est une maison très modeste avec une chapelle dédiée à Sainte-Catherine du côté nord. Le quatorzième siècle est une période d'or pour l'Ordre Teutonique et les grands-maîtres deviennent aussi importants que les autres souverains européens. Leur petite demeure n'est plus à la hauteur de leurs ambitions ni de leur position. Konrad Zöllner von Rotenstein, grand-maître de 1382 à 1390, commence les transformations qui doivent faire de la maison des grands-maîtres une résidence royale comme celles qu'il a vu en Europe.
Pendant les années 1382-1393, à côté de la maison qui existe déjà, on construit un bâtiment rectangulaire avancé vers l'ouest. Les tours du côté ouest soulignent le caractère défensif de ce bâtiment confortable construit pour les représentations officielles. Le Palais reste quand même un élément du système de fortification de l'ensemble. La décoration des tours avec des balcons suspendus et appuyés sur des cascades de consoles, des murs avec des arcades profondes, de grandes fenêtres rectangulaires dans des cadres en pierre et la décoration dentelée de la partie supérieure montrent que pour les commanditaires de ces travaux, l'aspect esthétique est le plus important. Sur la décision de Konrad von Jungingen, on agrandit le palais du côté est. La façade ainsi créée reste l'un de plus beaux exemples du style de l'époque.
Le vestibule bas est la première pièce représentative du palais. La voûte d'arêtes est décorée par un beau motif de vigne, qui, au Moyen-Age, est la plus importante au sein des plantes symboliques. Le vestibule haut, éclairé par de grandes fenêtres rectangulaires, donne accès aux intérieurs les plus représentatifs. Au bout du vestibule, un magnifique portail en pierre mène au réfectoire d'été, la salle la plus belle du palais. Sa voûte radiale (nouveau type de voûte, dont les côtés s'entrouvrent d'une façon rayonnante à partir d'un seul point), soutenue par une colonne centrale, est l'une des plus grandes réalisations architecturales du Moyen-Age. Jadis, les fenêtres étaient remplies de vitraux colorés. Le blanc des murs et de la voûte qu'on voit aujourd'hui est le résultat de la restauration du XIXème siècle, car au Moyen-Age, les murs étaient couverts de motifs végétaux polychromiques sur fond rouge. Au-dessus de la cheminée, un boulet de canon polonais est incrusté dans le mur, souvenir du siège du château par un roi polonais qui voulait abattre la colonne centrale pour enterrer sous les décombres les dignitaires teutons réunis dans cette salle. A l'époque, le réfectoire d'été a été le témoin de plusieurs festivités et de rencontres, car cette salle remplissait aussi la fonction de salle d'audience. A côté, se trouve le réfectoire d'hiver, moins monumental et plus bas, qui, selon son nom, jouait le même rôle mais pendant la saison froide.
Les appartements du grand-maître occupent la partie nord du bâtiment où se trouve également sa chapelle privée, dédiée à Sainte Catherine. Ils se composent de la garde-robe avec une toilette et une autre petite pièce, de la chambre à coucher, d'une petite chambre réservée au serviteur particulier et des bains avec le système de chauffage et d'alimentation en eau (construit en 1414 par Nicolas Fellenstein).
Le rez-de-chaussée et les deux niveaux des caves sont occupés par les institutions de l'Etat: la chancellerie, le scriptorium, les archives et les logis de tous ceux qui y travaillent.
CHÂTEAU-BAS (Basse cour ou avant-château)
Les châteaux teutoniques, comme tous les monastères, possèdent de grands communs. La fonction de capitale de l'Etat est la raison pour laquelle le château-bas à Malbork est énorme et prend deux fois plus d'espace que les deux autres parties du château. Les teutoniques attachent de l'importance à leur commerce et aux différents métiers. Ils doivent aussi assurer l'indépendance du château en cas de siège.
Apres l'agrandissement du château et la construction du château-moyen, tous les bâtiments auxilliaires des communs sont reconstruits plus au nord.
Du côté ouest, parallèlement au Nogat, on construit trois rangées de bâtiments. La première est un énorme dépôt de blé avec toutes les installations pour le transbordement des marchandises sur les bateaux. Au rez-de-chaussée, il y a les écuries pour quelques centaines de chevaux. La grandeur de ce bâtiment et des autres dépôts situés plus loin donne l'image de la puissance commerciale de l'Etat Teutonique, qui s'appuie sur l'exportation du blé, du bois, des produits dérivés et de l'ambre. La deuxième rangée est occupée par des granges et des étables et la troisième, par les bâtiments de la cuisine, de la boulangerie, de la brasserie, des logis et de l'hôpital pour les serviteurs. L'église dédiée à Saint Laurent qui leur est réservée est située au sud de cette aile.
Le côté est est occupé par des bâtiments militaires. Entre 1300 et 1320, les Teutoniques construisent la plus grande armurerie, appelée Karwan, sur 900 m2. A côté se trouvent des forges, des ateliers pour produire des roues, des armes d'hast et des armures, des chariots, des traîneaux, etc.
Près du mur du nord, il y a les écuries pour les chevaux du grand-maître, des autres dignitaires et pour la poste de l'Ordre.
Dans la partie centrale de l'avant-château, autour d'un étang, se situent un atelier de boulets de canon en pierre et leur entrepôt, une fonderie, une armurerie, un séchoir à bois, un entrepôt de machines de siège, la pharmacie et les logis pour les gens qui y travaillent.
Des murs entourent entièrement l'ensemble du château-bas et forment ainsi un troisième anneau de protection autour du château-haut et un second autour du château-moyen. En 1365, ce système de fortification est relié aux remparts de la ville. La plus longue ligne de murs, celle de l'est est renforcée par 8 tours très solides. Le mur du côté nord est protégé par 4 tours dont l'une sert de prison. En 1335, le grand-maître Dietrich von Altenburg commence la construction de fortifications au bord du Nogat. A cette époque, on construit le premier pont fixe qui relie le mur extérieur à la rive opposée du Nogat. Deux tours sont ajoutées aux remparts pour défendre ce pont. Ce système de défense composé de plusieurs anneaux de murs, de tours, de ponts fixes et de ponts-levis et de galeries, typique pour cette période du Moyen-Age, montre encore son efficacité lors du siège après la grande défaite de l'Ordre à Grunwald (Tannenberg). Pourtant, le bombardement de l'artillerie du roi polonais Władysław Jagiello fait beaucoup de dégâts, ce qui annonce le crépuscule de l'utilité des fortifications moyen-âgeuses.
Pendant près des 40 années suivantes, de 1410 au 1449, on construit 5 lignes de fortification semi-circulaire adaptées à l'installation de canons. Heinrich von Plauen (1410-1414) commence les travaux, Michael Küchmaister von Sternberg (1414-1422) les continue et Konrad von Erlichschausen (1422-1449) achève la construction des fortifications grâce auxquelles plusieurs charges polonaises seront repoussées pendant la guerre de 13 ans.

Les Teutoniques quittent le château de Malbork définitivement avant la fin de la guerre de 13 ans, en 1457. Jusqu'en 1772, il reste entre les mains des rois polonais. La ville fait partie de la région de la Prusse Royale et devient l'une des principales forteresses polonaises de cette région. Les Polonais n'effectuent pas tout de suite de changements dans le château. Les rois polonais résident dans le "Palais des Grands-Maîtres" pendant leurs séjours dans la région et le réfectoire reste l'endroit des festivités et des rencontres politiques très importantes. Avec le temps, le château-haut perd sa fonction monastique et devient un énorme dépôt. Les bâtiments du château-moyen sont aménagés pour le confort du nouveau propriétaire.
Le XVIème siècle passe sous le signe des guerres avec la Suède et le château ainsi que la ville tombent entre les mains du roi suédois Gustav Adolf en 1626. Pendant le siège suédois, le bombardement fait beaucoup de dégâts, surtout dans l'avant-château: les tours, le grand dépôt de blé et l'armurerie sont gravement endommagés.
Le château revient à la Pologne en 1635 en état de ruine et l'incendie du château-haut en 1644 achève sa destruction. Pendant les 4 années suivantes, le staroste polonais Gérard Denhoff reconstruit le château. Sa mort arrête les travaux. Le château n'est plus la grande armurerie de la Pologne, ses murs extérieurs sont démolis systématiquement et son importance militaire baisse considérablement.
Dans les années 1650, les Jésuites arrivent à Malbork et adaptent le château pour leurs besoins. Ils n'utilisent que les bâtiments sacrés du château-haut et font des rénovations dans l'église de Notre-Dame. La construction de l'école monastique de plusieurs étages située entre le chœur de l'église et le château-moyen est le plus grand changement qui modifie le panorama du château, jusque là constant depuis le règne des Teutoniques.
Avec ce peu de changements, le château produit une énorme impression sur les gens de l'époque.
Après le premier partage de la Pologne en 1772, Malbork entre dans le Royaume de Prusse. Les rois prussiens ont un point de vue très pragmatique sur Malbork. Sa reconstruction entière et son utilisation adéquate sont rejetés tout de suite à cause des frais importants. Frederick II confie le château à la "Westpreussische Kriegs-und Domanen Kammer" pour une utilisation militaire. Les travaux dans le château-haut et les ailes nord, est et ouest du château-moyen commencent tout de suite et dès 1774, des casernes sont en état d'être utilisées. Mais les conditions de vie sont tellement difficiles que Frederick Wilhelm III décide de la fermeture des casernes et de leur transformation en dépôts. Les travaux dans le château-haut se poursuivent entre 1801 et 1804. Les Prussiens y abattent tout à l'exception des murs extérieurs. Ils n'épargnent que les caves et l'église. Ils détruisent tous les détails architecturaux de briques et de pierres du Moyen Age, les parquets, les cheminées, les portes et tout l'équipement des salles. Dans les espaces vides, on remet 4 nouveaux plafonds en créant ainsi 5 étages assez bas munis de fenêtres typiques pour les dépôts. Les fenêtres gothiques sont murées et les murs couverts d'enduit. Le château-moyen subit le même sort. Les ailes nord et est sont transformées en logis d'officiers et par la suite en dépôts de blé pour l'armée.
L'aile ouest du château-moyen subit moins de destructions. Le grand réfectoire, après l'anéantissement du portail, la destruction du parquet et l'aveuglement des fenêtres à l'est, devient une salle d'exercices.
Le "Palais des Grand-Maîtres" est fortement dévasté et on y aménage un atelier de coton. On installe aussi un atelier de tissage dans les appartements royaux. Les réfectoires d'été et d'hiver, aménagés avec un plafond et plusieurs murs en bois, deviennent des logements pour les ouvriers.
Indépendamment des décisions royales qui ont transformé le château en dépôts, le pragmatisme prussien fait chercher d'autres solutions pour les bâtiments qui sont très coûteux pour l'Etat. Un architecte très connu à l'époque, David Gilly, présente un programme pour la destruction totale du château et pour la ré-utilisation des matériaux pour la construction de caserne et de dépôts militaires. A cause des frais qui surpassent les revenus prévus, le projet, déjà accepté par le roi, est réalisé négligemment. Ils arrivent quand même à détruire entre autres, quelques tours, l'ensemble de la porte d'entrée, la chapelle de Saint Barthélemy et la porte près de l'église de Saint-Laurent.
Le 13 août 1804, l'ordre royal d'arrêter la destruction arrive et sauve le château de la ruine complète. C'est le hasard et la revalorisation de l'opinion générale sur le Moyen-Age qui portent secours au château au dernier instant. Vers 1800, l'Ordre Teutonique et son Etat en Prusse deviennent un objet de recherche et d'intérêt pour les historiens et les politiciens prussiens. A l'époque des guerres napoléoniennes et du romantisme, l'histoire de l'Ordre est déjà tellement revalorisée que la Croix de Fer a la forme de celle portée par les chevaliers teutoniques sur leurs manteaux. Dans les années 1820, les archives teutoniques gardées à Königsberg deviennent accessibles pour les chercheurs qui les répertorient et les réunissent dans la "Germaniae Historica", la plus grande édition des sources moyenâgeuses de l'époque. A la fin du XIXème siècle, l'Etat de Prusse centralisé commence la reconstruction médiévale du château de Malbork, qui devient un monument national d'Allemagne, alors unie et dominée par la Prusse.
Le château Teutonique de Malbork a été reconstruit par la Prusse, les travaux sont poursuivis par l'Allemagne et après la IIème guerre mondiale, par la Pologne (où le château se trouve depuis la moitié du XXème siècle) avec la pleine et entière collaboration de l'Allemagne.
Le Château de Malbork fait partie du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1997.
Bibliographie